Question orale de M. Richard Miller au vice‑premier ministre et ministre des Affaires étrangères, du Commerce extérieur et des Affaires européennes sur «la protection des ressortissants belges vivant au Nigeria» M. Richard Miller (MR). – Le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique, est un pays de contraste où de nombreux facteurs, tels que la corruption ou les mauvaises distributions de la rente pétrolière, ne font qu’accroître les tensions et attiser la violence entre les nombreuses ethnies qui composent le pays. Le Nigeria a toujours été confronté à des périodes de grandes violences : guerre civile, dite du Biafra, durant la fin des années 60 ; attaques de offshores, kidnappings dans le delta du Niger ; violences de type confessionnel de la part des musulmans à l’égard des chrétiens, notamment à Jos dans l’État de Plateau, tensions sociales liées à l’augmentation du prix de l’essence.
La situation s’est aggravée récemment. Une secte islamiste nommée Boko Haram commet des attentats d’une violence inouïe. Au départ, leurs attentats étaient perpétrés essentiellement dans le nord‑est du pays et visaient des églises, des lieux de vente d’alcool et des commissariats de police. Depuis près d’un an, Boko Haram a élargi ses attaques, de plus en plus meurtrières et sophistiquées, vers le reste du pays. Au mois d’août 2011, le QG de l’ONU dans la capitale Abuja a été visé par un attentat suicide. La ville de Kano, dans le nord du pays, a été meurtrie par de nombreux attentats le 20 janvier dernier. Boko Haram déclare vouloir s’en prendre aux hôtels fréquentés par des expatriés. La situation, monsieur le ministre, est donc grave, non seulement pour les Nigérians mais également pour toute la communauté expatriée.
Bien entendu, nous ne pouvons prédire les évènements. Néanmoins il est essentiel que les Belges travaillant ou voyageant au Nigeria soient informés des risques qu’ils courent. Je suis heureux de constater que le site du ministère des Affaires étrangères est très clair à ce sujet ; il prévient des risques encourus dans ce pays et prodigue de nombreux conseils.
Par ailleurs, l’existence d’une patrouille de sécurité européenne à Lagos, prête à intervenir lorsqu’une urgence se présente, est de nature à rassurer. Il me semble important de connaître les dernières dispositions prises par notre gouvernement et de savoir si un plan d’évacuation est clairement établi, afin que les ressortissants belges soient déjà préparés à une telle éventualité.
Pour être plus précis, je souhaiterais, monsieur le ministre, obtenir une réponse aux questions que voici :
Quel est le nombre exact des ressortissants belges vivant au Nigeria ? Certains vivent‑ils dans le nord‑est du pays, où l’état d’urgence et un couvre‑feu ont été décrétés ? Quels conseils ou consignes leur ont été donnés ?
Un plan d’évacuation des ressortissants belges est‑il prêt ? Est‑ce l’ambassade de Belgique à Abuja qui contacte individuellement chaque ressortissant ? Un lieu de rendez‑vous préalablement fixé a‑t‑il été clairement expliqué aux ressortissants lorsque ceux‑ci s’installent au Nigéria ou visitent le pays ?
Je vous remercie pour vos réponses et j’espère que, sous votre autorité attentive, l’ambassade de Belgique au Nigeria prend toutes les dispositions nécessaires afin d’assurer la sécurité des ressortissants belges sur le territoire nigérian.
M. Didier Reynders, vice‑premier ministre et ministre des Affaires étrangères, du Commerce extérieur et des Affaires européennes. – Je dois vous dire combien j’ai été choqué par les derniers événements à Kano. Les attentats terroristes y ont fait 150 victimes. Je me suis joint au message adressé par Mme Ashton au nom de l’Union européenne.
Nous avons également ouvert un débat au Conseil des ministres des Affaires étrangères sur l’attitude à adopter face aux violences et aux actes de discrimination qui se multiplient en raison de convictions religieuses ou philosophiques. C’est une préoccupation qu’il faudra intégrer davantage dans notre politique de relations extérieures belge et européenne.
Cent cinquante‑deux ressortissants belges sont actuellement inscrits à l’ambassade de Belgique à Abuja. La majorité des Belges, environ 70 pour cent, vivent à Lagos.
Comme dans tous les pays du monde, il est néanmoins très difficile de connaître le nombre exact de Belges présents au Nigeria. Les Belges qui sont de passage dans un pays, pour quelques jours ou quelques mois, ne se font pas nécessairement connaître de l’ambassade.
Selon les informations dont dispose l’ambassade, seul un Belgo‑Nigérian vit à Kano, où les dernières attaques terroristes ont eu lieu.
L’ambassade de Belgique a, à plusieurs reprises au cours des derniers mois, envoyé aux Belges des courriels rappelant les règles de prudence à suivre dans des situations d’urgence. En outre, elle a adapté les conseils aux voyageurs, conseils qui ont été publiés sur le site web du SPF des Affaires étrangères le 25 janvier.
L’essentiel de la communauté belge réside à Maitama, à proximité du point de rassemblement prévu dans les plans de crise, qui est la résidence de l’ambassadeur, un endroit sécurisé. Depuis 2011, les Belges du Nigeria sont inscrits dans les plans de sécurité de la France. Ceci permet aux Belges qui habitent dans d’autres quartiers ou d’autres villes, de rejoindre le point de rassemblement de l’ambassade de France le plus proche de leur domicile.
Je peux vous assurer que l’ambassade de Belgique au Nigeria prend toutes les mesures nécessaires afin de garantir au mieux la sécurité des ressortissants belges vivant sur le territoire nigérian.
Nous suivrons cette situation de près. J’espère que nous pourrons encore améliorer la coordination des mesures avec les autres États de l’Union européenne.
M. Richard Miller (MR). – Je remercie le ministre pour sa réponse et pour l’attention qu’il porte à la sécurité de nos compatriotes au Nigeria.
Je le remercie également pour sa volonté de développer une politique coordonnée avec ses collègues européens en vue de répondre aux violences contre les chrétiens et aux autres violences confessionnelles. |