Demande d'explication
18 janvier 2012 - Sénat Télécharger l'intervention en PDF

Demande d’explications de M. Richard Miller au vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, du Commerce extérieur et des Affaires européennes sur «la volonté de la Commission européenne d’attirer les talents du Sud méditerranéen»

M. Richard Miller (MR). – La commissaire européenne chargée des Affaires intérieures, Mme Cécilia Malmström, a récemment exposé la stratégie que l’Union européenne entend développer afin d’attirer davantage vers l’union les talents, les cerveaux et la matière grise des pays du Sud de la Méditerranée. Cette stratégie migratoire nouvelle de l’Union vise clairement à renforcer les mécanismes d’immigration économique et professionnelle.

Malgré les taux élevés de chômage qu’elle connaît – le 2 décembre dernier le quotidien Le Monde, publiait un article à ce sujet intitulé « Le chômage, au plus haut en Europe, affecte d’abord les jeunes et les seniors » – l’Union européenne manquera selon l’OCDE de quelque 700 000 travailleurs dans le domaine des technologies de l’information en 2015 et de 2 millions de travailleurs dans le domaine de la santé d’ici 2020.

S’inscrivant dans la suite du Printemps arabe, la Commission européenne propose d’établir des partenariats avec les pays d’Afrique du Nord et voisins, en vue de faciliter la migration légale des chercheurs, des hommes et femmes d’affaires, des étudiants, vers l’Union européenne, via un assouplissement du processus de délivrance des visas, voire la suppression de l’obligation de ceux-ci.

Les objectifs sont multiples puisqu’il s’agit de mieux gérer la migration légale, de mettre à profit la mobilité plus grande des cerveaux depuis les pays tiers partenaires et, enfin, de concourir au succès de la stratégie UE 2020. Mme Malmström déclarait : « Il faut que l’Europe devienne une destination plus attrayante dans le cadre de la course mondiale aux talents ».

Si ces objectifs sont louables, la stratégie me semble susciter quelques questions.

Tous les États européens vont-ils participer à la mise en œuvre de cette stratégie ? Qu’en est-il de la Belgique ? Y aura-t-il une répartition entre les États membres et selon quels critères ? N’est-il pas paradoxal, eu égard à la nécessité pour les pays d’Afrique concernés d’assurer leur propre développement, de voir l’Union européenne développer une stratégie afin d’attirer vers elle les talents, les cerveaux, la matière grise pourtant bien nécessaires sur place ? Peut-on espérer voir des pays qui peinent à trouver le chemin du développement, accélérer leur progression si leurs propres talents les désertent ?

La position exprimée par l’un des prédécesseurs du ministre concilie bien les enjeux et les paradoxes de ce débat, puisqu’il estimait que les étudiants étrangers qui entreprennent leurs études en Europe devraient, une fois leurs études achevées, exercer leur métier dans leur pays d’origine durant un certain temps afin de limiter les effets du brain drain, de la fuite des cerveaux. Quel est l’avis du ministre à ce sujet ?

M. Didier Reynders, vice‑premier ministre et ministre des Affaires étrangères, du Commerce extérieur et des Affaires européennes. – La Commission a entamé récemment et envisage de poursuivre une série de dialogues concernant des partenariats de mobilité avec certains pays d’Afrique du Nord et de son voisinage. La participation des États membres à ces partenariats se fait sur une base volontaire. Les États membres choisissent aussi eux-mêmes les sujets qu’ils désirent traiter.

La Belgique prendra une part active aux discussions concernant les partenariats avec le Maroc et la Tunisie en mettant l’accent sur des projets de lutte contre l’immigration illégale, la réadmission et la réinstallation. Si dans l’avenir, des dialogues de partenariat avec d’autres pays d’Afrique du Nord devaient s’amorcer, la Belgique examinera l’opportunité, pour elle, d’une éventuelle participation.

L’enjeu essentiel ne se situe pas tant dans le fait d’empêcher la fuite des cerveaux, difficile à juguler, que dans sa transformation en un échange bénéfique pour les deux parties permettant à l’Europe de combler temporairement des déséquilibres éventuels sur son marché de l’emploi et aux pays du Sud, de gagner à terme une main-d’œuvre plus qualifiée et plus expérimentée via le retour au pays. On peut d’ailleurs se demander si la période qui suit immédiatement les études ne devrait pas plutôt être consacrée à une activité en Europe pour y poursuivre la formation et la spécialisation avant de retourner dans le pays d’origine.

Ce retour suppose toutefois que des incitants existent et que le Sud mette en place des politiques qui le permettent. C’est la raison pour laquelle tous les instruments de l’Union européenne doivent être mobilisés pour atteindre ce but : dialogue politique, coopération au développement, accès aux marchés, investissements… Seule une réponse globale sur les différents thèmes permettra une gestion raisonnée et mutuellement bénéfique des enjeux migratoires.

Cette dimension transversale est prise en compte dans la discussion qui s’amorce à l’initiative de la Commission pour actualiser la politique globale de la migration et de la mobilité de l’Union européenne.

M. Richard Miller (MR). – Je retiens surtout des propos du ministre qu’il importe d’apporter à cette problématique une réponse globale Nord-Sud.

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