Question orale à Fadila LAANAN
31 janvier 2012 - Parlement de la Communauté française Télécharger l'intervention en PDF

Question de M. Richard Miller à Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances, intitulée « Démission du directeur du Mrax »

M. Richard Miller (MR).– Depuis le dépôt de la présente question orale sur la démission du di recteur du Mrax, des réunions se sont tenues. Je

vais donc actualiser ma question.

Tout d’abord, je ne suis pas opposé au Mrax. Je suis convaincu de l’importance essentielle de ses missions. J’ai parfois estimé devoir critiquer certaines de ses décisions, comme ce fut le cas lors de la suppression de la référence explicite au génocide commis par les nazis à l’encontre des Juifs.

Il n’y a pas dans mon chef une opposition viscérale ou une antipathie à l’égard de M. Bouhlal. Si celui-ci peut énerver ou choquer, on ne peut toutefois pas nier la force de son engagement dans des combats souvent difficiles, même si je ne suis pas toujours d’accord avec ces derniers. La combativité est cependant une qualité à mes yeux.

Il conviendrait que cessent tous les problèmes qui affectent l’image, le fonctionnement et le travail du Mrax. Depuis trop longtemps, il fait l’actualité mais pas d’une manière qui corresponde à ses missions, c’est-à-dire en dénonçant l’un ou l’autre manquement démocratique ou en stigmatisant certaines discriminations. Aujourd’hui, il s’auto-dénonce. Le Mrax est en train de mener des chasses à l’homme internes qui décrédibilisent son travail aux yeux de l’opinion publique.

Madame la ministre, comment aborderezvous ce sujet ? Vous avez déjà répondu à une question que je vous ai posée précédemment. Vous avez décidé, sur la base d’un rapport de l’administration, de réduire la dotation du Mrax. C’était au début de 2011. Un an plus tard, que ferez-vous ? Cet organisme est en effet important.

Ce 29 janvier, un communiqué de presse de son conseil d’administration a rappelé le projet du Mrax. On peut y lire que ce mouvement doit être porté avant tout par les victimes de discriminations racistes. Autant le Mrax doit remplir des missions importantes, autant cette phrase n’est pas acceptable. J’y vois une espèce d’argument spécieux constituant une sorte d’attaque contre l’esprit même de notre système. Cette attaque ne peut qu’engendrer des suspicions. C’est d’ailleurs ce que l’on constate aujourd’hui.

La présence dans les organes dirigeants des personnes issues de populations victimes ou susceptibles d’être victimes de discriminations ne me pose pas de problème. Par contre, le recours systématique à des personnes issues de groupes à risque pour gérer cet organe démocratique me pose problème car cela fait porter la suspicion sur l’ensemble du système. C’est un peu comme déclarer que la justice ne peut être rendue que par des victimes.

Notre système démocratique désigne des per sonnes choisies ou élues pour assumer la responsabilité de mener certaines missions, comme celle de la lutte contre le racisme et la xénophobie.

Cette volonté systématique n’est-elle pas responsable des conflits internes du Mrax? En effet, les accusations de M. Kalisa, démissionnaire, abondent en ce sens : « Le groupe subsaharien ne peut travailler et la communauté juive est lésée. Le génocide juif a été retiré de nos statuts en 2010 pour le terme plus large de génocide. . . »

Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances. – Monsieur Miller, je partage largement vos observations.

Le 19 décembre 2011, j’ai chargé le service général de l’inspection de la Culture et le service de l’Éducation permanente de mettre en œuvre sans délai une nouvelle évaluation des activités du Mrax sur la base des justificatifs introduits en 2011. Ils rendront leur avis le 15 février prochain. En cas d’évaluation négative, l’association se verra diminuée de catégorie et le conseil de l’éducation permanente sera saisi du dossier. Il m’appartiendra alors de prendre une décision en fonction des divers avis soumis.

Dans l’attente des conclusions des avis en cours, j’ai suspendu l’engagement des subventions dues à ce jour au Mrax au vu de sa reconnaissance dans le cadre du décret du 17 juillet 2003 relatif au soutien à l’action associative dans le champ de l’éducation permanente.

Je reste donc à la fois prudente et vigilante. Je me restreins au strict cadre légal. Le 15 février, dès l’obtention de ce rapport, je prendrai bien entendu mes responsabilités politiques. Je pense pouvoir dire aujourd’hui : « ça suffit ! »

M. Richard Miller (MR). – Madame la ministre, je comprends votre souci de prudence. En effet, ce dossier peut facilement engendrer des dépôts de plainte. Nous attendrons cette date et votre décision. Tous les groupes politiques sont effectivement très attentifs. Mme Meerhaege avait d’ailleurs posé une question précédemment.

C’est important pour l’image générale. Malheureusement, nous vivons à une époque où le moindre événement est prétexte à la montée en flamme des discours populistes.

Nous devons trouver rapidement une solution afin que le Mrax puisse poursuivre ses missions. J’espère que vous prendrez une sage décision.

 

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