Question orale à Fadila LAANAN
30 mars 2011 - Parlement de la Communauté française Télécharger l'intervention en PDF

Question orale à Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances, intitulée « Conséquences d’une annulation du caractère obligatoire du vaccin antipolio »

Richard Miller (MR) -  Mme la Ministre, Le jugement prononcé à Tournai acquittant des parents qui avaient refusé que le vaccin antipolio soit administré à leur enfant est interpellant. Sur le plan légistique, il s’agit purement et simplement de soustraire des personnes à l’application de la loi : une loi destinée à protéger les enfants des risques de contamination, des séquelles désastreuses engendrées par la polio. Une loi destinée également à protéger la société de voir réapparaître les terribles épidémies que notre pays entre autres a connues avant la mise au point du vaccin et l’application de celui-ci. Certes, le côté légistique du problème ne dépend pas de vous. Mais ne pensez-vous pas que tout cela découle de la mauvaise connaissance que les parents ont de cette maladie ?

Je ne voudrais pas faire de pathos, mais ayant été en 1954 une des victimes de cette maladie, avec toutes les conséquences qu’elle a pu entraîner su ma vie et celle de ma famille, je voudrais que vous me disiez comment la Commaunuté française peut réagir par rapport à ce jugement qui pourrait mettre à mal tous les efforts déployés dans notre pays pour éradiquer complètement la maladie. Une maladie qui a affecté des milliers de personnes, dont de très nombreux enfant qui ont vécu dans des poumons d’acier parce que leurs propres organes respiratoires étaient paralysés. 

Pour ma part, je suis consterné en pensant qu’il y a quelques jours encore, le Ministre du gouvernement fédéral Olivier Chastel, en réponse à une question que je lui posais, présentait aux sénateurs, tout le travail accompli, dans des circonstances difficiles, par la Coopération belge en République démocratique du Congo, pour parvenir à réaliser des campagnes de vaccination antipolio, et ce au moment où l’Organisation Mondiale de la Santé est alertée par l’épidémie qui gagne Kinshasa, et qu’aujourd’hui un jugement comme celui rendu à Tournai risque de rouvrir une brèche en Belgique.

Quelle est votre analyse, Mme la Ministre, et que comptez-vous développer comme action ? Je vous remercie,

Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances. – Le maintien ou non de l’obligation de vaccination contre la poliomyélite relève effective- ment des compétences de l’État fédéral.

Il ne me revient pas non plus de me prononcer sur la décision du tribunal de Tournai ni sur les arguments juridiques qui l’ont motivée. Toutefois, mes services ont été informés de l’appel interjeté ce 22 mars par le ministère public contre cette dé- cision. La juridiction d’appel pourrait donc réfor- mer ce jugement.

En ce qui me concerne, j’évoquerai les consé- quences possibles d’une éventuelle levée de l’obli- gation de vaccination contre la poliomyélite et je rappellerai les actions menées depuis de nom- breuses années pour lutter contre les maladies évi- tables par la vaccination. Ces actions respectent bien sûr l’impératif d’une information éclairée du patient, également garantie par le code de déonto- logie médicale.

D’après mon collègue Jean-Marc Nollet, l’ONE diffuse divers supports d’information au sujet des vaccins, allant du plus simple au plus complexe. L’Office transmet également la notice de chaque vaccin aux parents qui en font la de- mande. L’ONE rappelle qu’un risque minime de réaction défavorable au vaccin subsiste toujours. La garantie d’une innocuité totale ne peut être donnée. En médecine, le risque et le bénéfice d’une intervention doivent toujours être mis en balance. Le collège des pédiatres de l’ONE regrette pour sa part la décision du tribunal de Tournai. Il rappelle le dispositif mis en place par de nombreuses com- munes en raison de cette obligation légale de vacci- ner contre la poliomyélite. Celles-ci organisent un système de surveillance de l’état vaccinal des en- fants âgés de dix-huit mois, qui permet à l’ONE de retrouver la trace d’enfants dont les parents n’ont pas suivi les recommandations de vaccina- tion après l’âge d’un an.

En ce qui me concerne, je redoute que les in- formations relayées par les médias suite à ce pro- cès ne portent atteinte aux efforts entrepris par la Communauté française pour sensibiliser les pa- rents à l’intérêt de la vaccination. Le trouble que ces informations ont suscité risque malheureuse- ment de faire diminuer le taux de couverture vac- cinale. Les conséquences en sont hélas prévisibles.

En ce qui concerne la polio, le taux de couver- ture actuel des nourrissons par le vaccin se situe entre nonante-deux et nonante-trois pour cent. Un recul de ce taux fera incontestablement augmen- ter le risque d’une épidémie provoquée par l’im- portation du virus sauvage de la poliomyélite à partir de pays actuellement touchés, en particu- lier ceux avec lesquels la Belgique entretient des liens étroits, tels que le Congo. Des cas de polio sont actuellement recensés à Kinshasa mais aussi dans des pays de la zone européenne de l’Organi- sation mondiale de la santé (OMS). Cela souligne clairement le bien- fondé du maintien de l’obliga- tion de vaccination. À titre d’exemple, en 2010, quatre cent cinquante-huit cas de polio sauvage ont été enregistrés au Tadjikistan, donnant lieu à vingt-neuf décès.

Sur la base de ce risque, le Conseil supérieur de la Santé a, en 2001, recommandé le maintien de la vaccination et les autorités sanitaires fédé- rales en ont confirmé l’obligation. Dans le même temps, ces dernières ont abandonné le vaccin oral atténué au profit du vaccin inactivé administré par injection. Le second ne fait courir aucun risque de paralysie vaccinale alors que le premier présentait un risque d’un cas sur 1,2 million de doses.

Le programme de vaccination de la Commu- nauté française développe depuis plusieurs années une panoplie d’outils utiles à la compréhension des enjeux individuels et collectifs de la vaccina- tion par les parents.

Je         citerai  d’abord             la           brochure          Vacciner ? Mieux comprendre pour décider qui est proposée depuis 2006 et qui contient les réponses aux ques- tions que se posent les parents tant sur les mala- dies évitables par la vaccination que sur les prin- cipes de celle-ci ou encore sur les craintes face à la vaccination.

D’autres outils, comme des dépliants d’infor- mation, sont également largement mis à la disposi- tion des vaccinateurs tant privés qu’institutionnels pour soutenir leur travail précieux d’information auprès des publics-cibles.

Enfin, je voudrais également mentionner qu’en 2009, dans le cadre de l’enquête de couverture vaccinale des nourrissons réalisée par Provac, les parents d’enfants de 18 à 24 mois ont été interro- gés sur l’importance qu’ils accordaient aux diffé- rentes vaccinations proposées à leur enfant. Pour ce qui est de la poliomyélite, 91 % estimaient cette vaccination importante contre seulement 0,4 % qui estimaient l’inverse; 5,7 % n’avaient pas d’opinion et 2 % ne connaissaient pas cette vac- cination.

On le voit, actuellement, la vaccination reste une méthode de prévention qui rencontre l’assen- timent de nombreux parents. Le programme de vaccination doit néanmoins poursuivre tous les ef- forts nécessaires pour maintenir une information de qualité et répondre aux questions légitimes des parents, et c’est bien ce que la Communauté fran- çaise a l’intention de continuer à faire.

J’envisage d’ailleurs une action plus visible, aussi convaincante que je suis convaincue de l’in- térêt que la vaccination présente en termes de santé publique.

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