Madame la Présidente,
Monsieur le Premier Ministre,
Mesdames, Messieurs les Ministres,
Chers Collègues,
Au-delà de l’intense satisfaction que je ressens, et que nous ressentons sur les bancs du groupe MR, à approuver les orientations politiques que votre Déclaration gouvernementale, M. le Premier Ministre, trace pour notre pays, j’estime qu’il faut être tout aussi attentif aux orientations politiques qui sont celles de votre gouvernement en matière de politique étrangère et de politique européenne.
C’est principalement l’Union européenne qui retiendra mon attention. Je sais, et nous savons tous, que les négociations visant à un accord de gouvernement au niveau fédéral belge, ont été ardues – on va le dire comme ça ! Mais si je tiens à le rappeler, c’est pour insister sur un point qui n’est pas du tout négligeable : à savoir que ces négociations ont bien eu lieu, et qu’elles ont abouti, dans le respect démocratique de nos institutions et des citoyens. Au moment où des tentations nationalistes-populistes voient le jour dans nombre d’Etats-Membres de l’Union européenne, notre pays a fait une fois encore la démonstration que rien ne vaut la démocratie, et que notre pays, à cet égard est, ce que vous appeliez dans votre Déclaration à la présente tribune « un extraordinaire laboratoire ». Je m’en réjouis, à l’encontre de la méfiance et du repli, mais je m’en réjouis aussi à l’encontre de cet autre danger anti-démocratique de cette autre menace qui pèse sur les démocraties, à savoir la prise de pouvoir, la captation de pouvoir par la technocratie.
« L’enlèvement d’Europe » est un grand moment de la mythologie grecque à l’origine de notre civilisation : or, avec la crise bancaire et financière, avec les conséquences de celle-ci, avec les réponses de plus en plus sophistiquées qu’il fallait nécessairement apporter, avec les montagnes d’euros inconcevables pour les citoyens, la technocratie financière a semblé prendre le pas sur la raison démocratique. Condamnation du referendum grec, gouvernement de technocrates en Italie… L’Europe, M. le Premier Ministre, souffre pour l’instant d’un terrible déficit de crédibilité démocratique : il faut travailler à restaurer la confiance des populations des Etats-Membres dans l’avenir de l’Union. Comme pays fondateur, comme pays ayant en partage sa capitale, Bruxelles, avec les Institutions européennes, nous avons une mission importante à cet égard. Ne laissons personne « enlever l’Europe » à ses citoyens.
Chers collègues, l’histoire de l’Union nous apprend que celle-ci a avancé chaque fois que le couple franco-allemand s’est montré assez soudé pour la faire progresser. Mais l’Union aujourd’hui est arrivée à un stade de son développement où elle doit faire la démonstration qu’elle est capable d’aller, avec tous les Etats Membres, vers davantage de fédéralisme européen. En ce sens, la Belgique doit prendre des initiatives, être de nouveau une force d’entraînement, rassembler ses partenaires pour non seulement compléter les règles en matière de gouvernance économique, mais aussi approfondir le projet politique de l’Union européenne.
Certes, l’actualité brulante est braquée sur la gestion de l’Euro, mais l’élargissement de l’Union, la mise en œuvre d’une politique euro-méditerranéenne plus efficace – économiquement et démocratiquement - , et la mise sur pied d’une nouvelle politique industrielle à l’échelle de l’Union, avec un syndicalisme capable d’une approche européenne, me paraissent essentiels. Par ailleurs, afin de donner une nouvelle impulsion à une plus grande coopération militaire en Europe, notre gouvernement s’activera pour mettre en place une défense européenne.
Pour le Mouvement Réformateur, qui est fier de voir ces responsabilités confiées à l’un des nôtres en particulier, à Didier Reynders, l’Europe n’est pas seulement une nécessité, c’est aussi une ambition : celle d’une Europe dont le développement sera fondée sur une croissance économique équilibrée et une économie sociale de marché. Tout sera mis en œuvre afin que les objectifs de la Stratégie UE 2020 soient réalisés, une stratégie qui sera au cœur de la croissance européenne.
Au-delà de l’Europe, plusieurs dossiers attendent notre Ministre des Affaires étrangères, la situation en Afghanistan, où sont opérationnels des militaires belges jusqu’en 2014, les évolutions politiques dans le monde arabe…, etc. Permettez-moi une lapalissade : le monde est grand !, et je ne finirais pas d’en énumérer les problématiques…. Je conclurai donc en évoquant rapidement quatre sujets.
1. La RDC. Elle vient de connaître une élection présidentielle, dont les règles électorales ont été modifiées afin de renforcer les chances de réélection d’un Président sortant. Les résultats sont désormais connus. Bien que selon les observateurs internationaux du Centre Carter, les résultats de l’élection présidentielle « manquent de crédibilité », nous espérons néanmoins que le Président Kabila puisse accélérer les réformes dans tous les secteurs de la société congolaise, principalement dans le domaine social, dans celui de la bonne gouvernance et celui des droits humains. Les congolais ont le droit de vivre dans un Etat assurant leur protection physique et sociale, avec un gouvernement qui œuvre pour la transparence politique et économique du pays.
2. Le processus de paix au Proche-Orient. Le Mouvement Réformateur soutiendra les démarches de votre Gouvernement afin de relancer, à travers la présence européenne au Quartet, les négociations directes entre Israéliens et Palestiniens. Nous souhaitons la création d’un Etat Palestinien viable à côté d’Israël qui doit bénéficier de la sécurité et d’une intégration régionale pacifique.
3. Le commerce extérieur. Pour un pays comme la Belgique, dont la structure économique et la richesse nationale sont fortement dépendantes de nos exportations, la dynamisation de notre commerce extérieur, l’image de nos entreprises et de notre savoir-faire, ainsi que les négociations commerciales internationales devront être aussi au centre de l’agenda de notre Ministre. Dans le cas des négociations de l’OMC, notre gouvernement s’assurera que les services dits « d’intérêt général » soient exclus du champ des négociations commerciales.
4. Les thèmes de la lutte contre le terrorisme, contre la cybercriminalité et de la non-prolifération des armes nucléaire feront parties des prérogatives de Monsieur Reynders. Le Ministre des Affaires étrangères agira en faveur d’initiatives internationales pour un désarmement plus poussé, ainsi que pour l’interdiction de système d’armes à portée indiscriminée. Je me réjouis par ailleurs, de ce que notre gouvernement plaidera en faveur de la création d’un corps européen de secours civil, qui facilitera la gestion des crises.
Par ailleurs, j’ai entendu les réflexions très intéressantes de Mme Temmerman et de M. Tommelein relatives aux préoccupations d’ordre éthique et bioéthique. Leur proposition, non seulement de réfléchir et de débattre, mais aussi de décider et d’agir, nous n’y sommes pas seulement contraints par les évolutions scientifiques dans ce domaine, mais par les besoins réels ressentis par des hommes et des femmes qui souffrent dans leur chair (c’est la question de l’euthanasie), ou qui ont des espérances suscitées par l’évolution des mœurs et par les progrès de la médecine, en termes de parenté, de soins médicaux, ou encore d’affirmation de leur sexualité, voire de leur transsexualité. C’est pourquoi je pense qu’il est de notre devoir, dans le cadre de la réforme du sénat d’initier les réponses à ces préoccupations humaines caractéristiques de la société moderne et interculturelle du 21ème siècle.
Je souhaite, Monsieur le Premier Ministre, ainsi qu’à votre Gouvernement, plein succès dans la concrétisation de ces politiques.
Richard Miller
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